C’est l’une des fleurs jaunes les plus faciles à identifier une fois qu’on connaît le geste : prendre une feuille, la lever vers le ciel, et regarder au travers. Si elle est percée de dizaines de points clairs, l’affaire est réglée.
Reconnaître le millepertuis en trois gestes
Les feuilles perforées. Ce sont en réalité des poches translucides remplies d’huile essentielle, et non de vrais trous. À contre-jour, elles dessinent une constellation de points clairs sur toute la surface de la feuille. Aucune autre fleur jaune de nos talus ne présente ce caractère.
Les points noirs du pétale. Sur le bord des cinq pétales, une ligne de petits points sombres, parfois des traits. On les voit à l’œil nu, mieux encore de profil.
Le suc rouge. Froissez un bouton floral entre le pouce et l’index : les doigts se teintent de rouge violacé. C’est l’hypéricine, le pigment caractéristique du genre.

Lire la fiche d’identification
| Caractère | Millepertuis perforé |
|---|---|
| Hauteur | 30 à 70 cm |
| Tige | Dressée, ferme, marquée de deux lignes saillantes opposées |
| Feuilles | Opposées, ovales, sans pétiole, ponctuées de points translucides |
| Fleurs | Jaune vif, 5 pétales, nombreuses étamines, en bouquets au sommet |
| Floraison | Juin à août, parfois septembre |
| Milieu | Talus secs, lisières, friches, bords de chemin, sols calcaires |
| Port | Souvent en colonies denses |
Roulez la tige entre les doigts : sur le millepertuis perforé, on sent deux arêtes opposées, comme deux fils tendus sur la longueur. C’est un critère que l’on peut vérifier même en l’absence de fleurs.
Avec quoi le confond-on ?
De loin, toutes les fleurs jaunes de juillet se ressemblent. Trois espèces reviennent le plus souvent dans les hésitations.
Le millepertuis couché, plus petit, aux tiges étalées sur le sol, à feuilles non perforées ou presque. Il pousse dans les endroits plus humides.
Le millepertuis élégant, à tige ronde et à sépales frangés de glandes noires. Il partage le suc rouge mais pas les feuilles criblées.
Le millepertuis à quatre angles, dont la tige porte quatre arêtes bien nettes au lieu de deux. Il préfère les prairies humides et les bords d’eau.
Les fleurs jaunes d’autres familles — potentilles, épervières, séneçons — se distinguent d’un coup d’œil : les potentilles ont cinq pétales arrondis mais aucun point noir, les épervières et séneçons ont des capitules composés de nombreuses petites fleurs, pas cinq pétales.
Une feuille à contre-jour, une pression sur un bouton. Si la feuille est criblée de points clairs et que les doigts rougissent, c’est un millepertuis perforé. Les deux ensemble ne trompent jamais.
Où et quand le trouver
Dans le Vexin-Thelle, le millepertuis perforé est une espèce de sol sec et de lumière. On le trouve sur les talus exposés au sud, les lisières de bois clairs, les friches et les bords de chemin, souvent sur les sols calcaires du plateau.
Il apparaît dès la mi-juin et donne son maximum en juillet. En août, les premières capsules brunes remplacent les fleurs : la plante reste reconnaissable à ses feuilles.
Il pousse rarement isolé. Une station se repère de loin, par une nappe jaune régulière au bord d’un chemin, alors que les potentilles forment plutôt des taches dispersées.
En hiver, la tige sèche persiste, raide et brun-roux, avec ses capsules ouvertes en trois valves. C’est un bon repère pour retrouver au printemps une station observée l’été précédent.
Le suivre au fil des saisons
Une station observée en juillet se retrouve toute l’année, à condition de savoir ce que l’on cherche.
En avril et mai, la plante n’est qu’une touffe de tiges dressées aux feuilles opposées, sans fleur. Le test de la feuille à contre-jour fonctionne déjà : c’est le meilleur moment pour apprendre à le reconnaître sans se fier à la couleur.
En juin, les boutons apparaissent au sommet, serrés, encore verts et ponctués de noir. Froissés, ils libèrent déjà le suc rouge.
En juillet, c’est le plein épanouissement : nappes jaunes régulières sur les talus, étamines saillantes, insectes en nombre.
En août et septembre, les capsules brunes remplacent les fleurs. Elles s’ouvrent en trois valves et libèrent des graines minuscules, ce qui explique les colonies denses l’année suivante.
En hiver, la tige sèche persiste, raide, brun-roux, avec ses capsules ouvertes. Elle sert de repère pour retrouver la station et, accessoirement, d’abri à quantité de petits insectes.

Les quatre photos à rapporter
Quand l’identification hésite sur le terrain, quatre clichés suffisent à trancher au retour, à condition de les prendre dans cet ordre.
- La plante entière dans son milieu, pour la hauteur, le port et le type de sol.
- Une feuille à contre-jour, tenue entre l’objectif et le ciel. C’est la photo décisive.
- Une fleur de profil, pour voir les points noirs du bord des pétales et les sépales.
- La tige en gros plan, de préférence avec un doigt pour l’échelle, afin de compter les arêtes.
Une cinquième photo, utile mais souvent oubliée : le milieu alentour, à deux ou trois mètres. Talus sec ou bord de fossé humide, la réponse écarte à elle seule la moitié des confusions possibles.
Évitez de photographier en plein midi : la lumière rasante du matin ou de fin de journée fait ressortir les reliefs de la tige et les glandes des pétales, invisibles sous un soleil vertical.

Son rôle dans la prairie
Le millepertuis perforé est une plante à pollen, pas à nectar : ses fleurs n’offrent pratiquement pas de nectar mais une abondance de pollen, ce qui explique le ballet d’abeilles solitaires et de syrphes qu’on observe autour d’une station en juillet.
Cette particularité en fait une ressource précieuse au cœur de l’été, période où beaucoup de prairies sont déjà fauchées et où les floraisons se raréfient. Une bande de talus non fauchée en juillet nourrit davantage d’insectes qu’un mètre carré de prairie semée au printemps.
La plante s’installe volontiers sur les sols remaniés, les bords de route et les friches, à condition qu’ils soient secs et éclairés. Elle disparaît dès que l’ombre gagne ou que le sol devient riche et humide, supplantée par les graminées hautes.
C’est ce qui en fait un bon indicateur de milieu : une colonie dense signale un talus maigre, calcaire et ensoleillé — le même type de station que les orchidées de printemps et les pelouses sèches du plateau.
Distinguer les quatre millepertuis régionaux
Le genre compte plusieurs espèces dans le nord-ouest du Bassin parisien, et leur distinction repose sur trois caractères simples.
| Espèce | Tige | Feuilles perforées | Milieu |
|---|---|---|---|
| Millepertuis perforé | Deux lignes saillantes | Nettement | Sec, calcaire, ensoleillé |
| Millepertuis à quatre angles | Quatre arêtes | Peu ou pas | Humide, bords d’eau |
| Millepertuis élégant | Ronde | Peu | Sec, pelouses maigres |
| Millepertuis couché | Ronde, étalée | Non | Frais, chemins humides |
Cette démarche — un caractère à la fois, du plus simple au plus discret — vaut pour toutes les fleurs du plateau. C’est celle que nous appliquons aux autres espèces de la rubrique fleurs jaunes, et au repérage d’ensemble d’une prairie fleurie.
D’où vient son nom ?
Le nom français vient directement du caractère des feuilles : « mille pertuis », mille trous. C’est l’un des rares noms vernaculaires qui décrit exactement le critère d’identification, ce qui en fait un bon moyen mnémotechnique.
Le nom scientifique du genre, lui, renvoie à une tradition plus ancienne : les rameaux fleuris étaient suspendus au-dessus des images et des portes, d’où l’usage populaire de « chasse-diable » attaché à l’espèce. On retrouve cette appellation dans les flores régionales du XIXe siècle.
La date de floraison a laissé une autre trace : l’espèce est souvent désignée comme l’herbe de la Saint-Jean, parce qu’elle s’ouvre autour du solstice. Les bouquets de la Saint-Jean, dans l’ouest du Bassin parisien, l’associaient à quelques autres plantes de plein été.
Ces noms ne servent pas qu’à l’anecdote : dans une flore ancienne ou un relevé de terrain du siècle dernier, ils permettent de comprendre de quelle espèce il est question quand le nom scientifique n’est pas donné.
Ce qu’il faut savoir avant d’y toucher
Le millepertuis est une plante commune, non protégée, que l’on peut observer et photographier sans restriction. Deux points méritent toutefois d’être connus.
La photosensibilisation. Les composés de la plante rendent la peau plus sensible au soleil. Un contact répété suivi d’une exposition peut provoquer une réaction cutanée, phénomène bien documenté chez les animaux qui en consomment en quantité.
Les interactions. Le millepertuis est l’une des plantes qui interagissent le plus avec les médicaments — contraceptifs, anticoagulants, antidépresseurs, immunosuppresseurs. Cela concerne les préparations concentrées, pas l’observation au bord d’un chemin, mais c’est une raison suffisante pour ne rien improviser avec la plante récoltée.
Les fleurs blanches et les fleurs bleues du plateau suivent la même méthode d’observation, détaillée dans les rubriques fleurs blanches et fleurs bleues et violettes.
Sur le terrain, la règle habituelle s’applique : on observe, on photographie, on ne prélève pas. Une station de millepertuis met plusieurs années à s’installer, et elle profite à quantité d’insectes en plein été.
Comment reconnaître le millepertuis à coup sûr ?
Une feuille à contre-jour criblée de points translucides, et un bouton froissé qui teinte les doigts en rouge.
Pourquoi l’appelle-t-on millepertuis ?
« Mille trous » : les poches translucides des feuilles donnent l’illusion d’une feuille percée.
Quand fleurit-il ?
De la mi-juin à août, avec un maximum en juillet.
Est-il protégé ?
Non, c’est une espèce commune. On l’observe sans prélever, comme le reste de la flore du plateau.
Le suc rouge tache-t-il les vêtements ?
Oui, et durablement. Froissez un bouton entre les doigts plutôt qu’au contact d’un tissu clair.
À quoi servent les points translucides ?
Ce sont des poches remplies d’huile essentielle, situées dans l’épaisseur de la feuille. Elles ne traversent pas le limbe.
Peut-on le confondre avec une potentille ?
De loin seulement : la potentille n’a ni points noirs sur les pétales, ni feuilles perforées.
Retenez le geste plutôt que la description : levez une feuille vers le ciel. Tout le reste — la hauteur, le milieu, la saison — ne sert qu’à confirmer ce que ces points translucides ont déjà dit.
Muséum national d’Histoire naturelle, Inventaire national du patrimoine naturel, fiche du genre Hypericum : caractères diagnostiques, répartition et écologie des espèces françaises, consultée le 25 septembre 2026.
Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet