Flore du Vexin-Thelle
Solène Mabire Solène MabireBotaniste de terrain

Relevés de terrain dans le Vexin-Thelle, Oise · Chaumont-en-Vexin

Flore du Vexin-Thelle Flore du Vexin-Thelle Les fleurs sauvages du Vexin-Thelle, par couleur
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Fleurs blanches

Morène : reconnaître cette plante flottante à fleur blanche

Solène Mabire · 4 novembre 2026 6 min de lecture
La morène (Hydrocharis morsus-ranae) est une petite plante qui flotte librement sur les eaux calmes, avec des feuilles rondes en cœur, épaisses, et des fleurs blanches à trois pétales tachées de jaune au centre, de juin à août. Elle n’est pas enracinée, contrairement aux nénuphars. En Picardie, le Conservatoire botanique de Bailleul la classait en 2005 indigène, assez rare et quasi menacée.

Sur une mare ou un fossé calme, un tapis de petites feuilles rondes ressemble à un nénuphar miniature. C’est le plus souvent la morène, surnommée petit nénuphar, mais l’impression est trompeuse : elle n’appartient pas à la famille des nénuphars et ne plonge aucune racine dans la vase. Quelques repères suffisent pour la nommer sans la cueillir.

Comment reconnaître la morène ?

La morène est une plante aquatique vivace de la famille des Hydrocharitacées. Elle flotte à la surface et se multiplie par des stolons, ces tiges grêles qui portent à chaque nœud un petit bouquet de feuilles et de fleurs. Elle forme ainsi des rosettes de 1 à 30 cm de diamètre, qui peuvent se rejoindre en radeau.

Les feuilles sont arrondies, creusées en cœur à la base, épaisses, portées par un long pétiole de 6 à 14 cm. Leur face inférieure montre un tissu spongieux rempli d’air, l’aérenchyme, qui les maintient à flot. Dessous, de longues racines blanches non ramifiées pendent librement dans l’eau.

Fleurs blanches à trois pétales et feuilles rondes en cœur de morène (Hydrocharis morsus-ranae) flottant sur l’eau
Morène en fleur : feuilles rondes en cœur et fleurs blanches au centre jaune. Photo : Gilles Ayotte, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

La fleur est blanche, assez grande, avec trois pétales arrondis bien plus larges que les sépales verdâtres et une tache jaune à la base. Les fleurs femelles sont solitaires. Les fleurs mâles se groupent par une à trois, en petite inflorescence sur un pédoncule, jusqu’à quatre selon Wikipédia.

Le nom latin morsus-ranae signifie « morsure de grenouille » : les grenouilles ont paru mordre ses feuilles. Wikipédia en anglais le rappelle.

Morène ou nénuphar : quel critère retenir ?

Le critère le plus sûr est l’ancrage. Un nénuphar blanc, Nymphaea alba, pousse à partir d’un rhizome enraciné au fond, dont de longs pétioles portent des feuilles grandes, coriaces, plus ou moins cordiformes. Sa fleur compte une vingtaine de pétales et de très nombreuses étamines.

La morène flotte sans attache. Sa fleur à trois pétales, simple, suffit aussi à la distinguer de la corolle fournie du nénuphar blanc.

Rosette isolée de morène avec une fleur blanche, flottant librement à la surface d’une eau calme
Une rosette de morène flotte seule, sans attache au fond. Photo : Stefan Lefnaer, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

Les sosies un à un, avec le critère qui tranche

Plusieurs plantes d’eau peuvent faire douter. Le tableau reprend ce que disent Wikipédia et Tela Botanica de chacune.

Plante Ce qui ressemble Critère qui tranche
Nénuphar blanc Feuilles rondes en cœur, flottantes Enraciné, grandes feuilles, fleur d’une vingtaine de pétales
Faux-nénuphar (Nymphoides peltata) Feuilles en cœur de 3 à 15 cm Enraciné, fleurs jaunes à cinq pétales frangés
Lentille d’eau (Lemna minor) Petites feuilles flottantes Feuilles de 1 à 8 mm, une seule racine par feuille
Faux-aloès (Stratiotes aloides) Même famille, plante flottante Feuillage en rosette qui rappelle un ananas
Hydrocharis spongia (Amérique) Presque identique, feuilles de 2 à 7 cm Espèce nord-américaine, fleurs en été et automne
Les confusions possibles avec la morène et le critère qui permet de les départager.

Le dernier cas intéresse surtout le lecteur d’une photo étrangère : Wikipédia en anglais signale que la morène européenne est souvent prise pour Limnobium spongia, l’hydrocharis d’Amérique. Cette dernière est native du sud-est des États-Unis.

Une floraison de juin à août

Elle fleurit de juin à août, d’après la base de données Baseflor citée par Wikipédia. Le tapis de feuilles se piquette alors de blanc, et l’espèce se repère à quelques mètres de la berge. La pollinisation est assurée par les insectes et le fruit est une baie ovoïde à six loges.

Hors saison, les feuilles épaisses, le long pétiole et les racines blanches pendantes la distinguent encore d’une lentille d’eau.

Où chercher la morène dans le Vexin-Thelle ?

La morène vit dans les eaux stagnantes ou très lentes et peu profondes, au sein de ce que la littérature appelle des herbiers dulçaquicoles : mares, fossés, bras morts, étangs et bords de rivières calmes.

Sur le plateau du Vexin et dans le pays de Thelle, c’est donc au bord des mares, des fossés en eau et des étangs qu’on la cherche. Aucune station précise n’est donnée ici : la plante est assez rare pour qu’on évite de publier un point de rendez-vous. Rencontrée, elle se photographie et se laisse en place. Pour les plantes de bord d’eau plus faciles à trouver, voyez la fiche de l’ache faux-cresson au bord de l’eau.

Pour une vue d’ensemble des espèces à fleurs claires, la page sur la méthode pour nommer une fleur blanche sauvage donne les critères généraux, et la rubrique des fleurs blanches rassemble les fiches voisines.

Un statut de rareté sourcé pour la Picardie

La réponse dépend de l’échelle. Tela Botanica la classe en préoccupation mineure (LC) sur la liste rouge. Elle ne bénéficie d’une protection régionale qu’en Alsace, Limousin, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes : la Picardie n’en fait pas partie.

Elle y garde pourtant un intérêt patrimonial. L’inventaire de la flore vasculaire de Picardie du Conservatoire botanique national de Bailleul, version du 26 septembre 2005, la décrit comme indigène, assez rare, quasi menacée, et plante d’intérêt patrimonial.

Ces classements datent de plusieurs années et les listes rouges régionales sont révisées. Pour une décision sur un site précis, la référence reste le Conservatoire botanique national de Bailleul.

Pourquoi son statut s’inverse en Amérique du Nord

La morène est originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Asie. Elle a été introduite en Amérique du Nord, où Wikipédia en anglais date l’arrivée au Canada de 1932. Elle y est devenue envahissante : ses tapis denses font concurrence aux plantes submergées pour la lumière, bouchent des canaux et gênent la navigation.

Pour d’autres plantes à fleurs blanches qu’on confond sur le terrain, le tour d’horizon des fleurs blanches des champs donne dix repères.

Pour savoir qui tient ces fiches, voyez le carnet de la botaniste.

Questions fréquentes

Comment reconnaître la morène ?

C’est une plante flottante aux feuilles rondes en cœur, épaisses, avec une fleur blanche à trois pétales et un centre jaune. Elle flotte librement, sans racine dans la vase, et pend ses racines blanches dans l’eau.

Quelle différence entre la morène et un nénuphar ?

Le nénuphar est enraciné au fond par un rhizome, a de grandes feuilles et une fleur à de très nombreux pétales. La morène flotte librement, ses feuilles sont petites et sa fleur n’a que trois pétales.

Quand fleurit la morène ?

De juin à août. Les fleurs femelles sont solitaires, les fleurs mâles groupées par une à trois sur un pédoncule, et les insectes assurent la pollinisation.

La morène est-elle protégée en Hauts-de-France ?

Tela Botanica ne signale de protection régionale qu’ailleurs, mais le Conservatoire botanique de Bailleul la classait en 2005 assez rare, quasi menacée et d’intérêt patrimonial en Picardie. Mieux vaut donc la laisser en place.

Pourquoi est-elle envahissante au Canada ?

Introduite en Amérique du Nord, elle y forme des tapis denses qui privent les plantes submergées de lumière et gênent les canaux. En Europe, où elle est indigène, elle n’a pas ce comportement.

Au prochain bord d’eau calme, regardez d’abord si les feuilles flottent librement, puis comptez les pétales de la fleur. Photographiez la rosette de dessus et la fleur de face, sans rien prélever. Notez la date et le type de milieu : ces repères valent mieux qu’un brin arraché.

Source

Tela Botanica, Hydrocharis morsus-ranae L. : description de Coste et statuts ; Wikipédia, Morène et Hydrocharis morsus-ranae ; Conservatoire botanique national de Bailleul, Inventaire de la flore vasculaire de Picardie, version 3a du 26 septembre 2005. Relevé le 4 novembre 2026.

Solène Mabire

Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet