Flore du Vexin-Thelle
Solène Mabire Solène MabireBotaniste de terrain

Relevés de terrain dans le Vexin-Thelle, Oise · Chaumont-en-Vexin

Flore du Vexin-Thelle Flore du Vexin-Thelle Les fleurs sauvages du Vexin-Thelle, par couleur
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Fleurs bleues et violettes

Orchis bouc : l’orchidée à lanières, odeur et habitat

Solène Mabire · 4 novembre 2026 6 min de lecture
L’orchis bouc (Himantoglossum hircinum) est une orchidée robuste de 1 m au plus, à épi cylindrique de fleurs verdâtres bordées de pourpre. Son labelle en lanière enroulée atteint 6 cm et l’odeur de bouc ne se perçoit qu’au contact de la fleur. Elle fleurit de mai à juillet sur sol calcaire, dans les pelouses, friches, talus et clairières. En Picardie, le Conservatoire botanique de Bailleul la cote peu commune et quasi menacée.

Une grande tige couverte de rubans verdâtres et pourpres qui se tortillent dans le vent : l’orchis bouc ne ressemble à aucune autre orchidée du Vexin-Thelle. Quand on l’a vue une fois, on la repère de loin, et cette fiche donne les gestes pour la nommer à coup sûr sans la toucher.

À quoi ressemble l’orchis bouc ?

C’est une plante robuste, qui peut atteindre 1 m. L’inflorescence est cylindrique et assez dense. Les fleurs sont verdâtres, bordées de pourpre, avec des sépales et des pétales rassemblés en casque.

Le labelle, ce pétale inférieur propre aux orchidées, est ici démesuré : jusqu’à 6 cm de long, enroulé, plus ou moins déployé à l’horizontale à la floraison, et peu échancré à son extrémité. Du pied à la pointe, l’épi paraît ébouriffé, comme si chaque fleur avait lâché une lanière.

Orchis bouc en fleur dans une prairie, grand épi vert grisâtre dressé au-dessus de l’herbe
Un pied d’orchis bouc au milieu d’une prairie, épi dressé au-dessus de l’herbe. Photo : BerndH, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Les noms savants disent la même chose : Himantoglossum et Loroglossum signifient « langue en lanière », en référence au labelle, et hircinum fait allusion à l’odeur de bouc.

Odeur et feuilles : deux repères de terrain

L’odeur est caractéristique, proche de celle du bouc, forte et désagréable. Wikipédia précise qu’elle n’est perceptible qu’à proximité immédiate de la fleur : inutile de la chercher à dix mètres, et pas besoin de toucher la plante pour la sentir.

Les feuilles ont un calendrier inhabituel. D’un vert grisâtre, elles apparaissent en automne, persistent pendant l’hiver, puis se flétrissent à la floraison. Une rosette vert grisâtre en plein hiver, dans une pelouse calcaire, peut donc annoncer un pied qui fleurira au printemps suivant. Les feuilles sont déjà sèches quand l’épi est à son meilleur.

Extrémité enroulée en spirale du labelle d’une fleur d’orchis bouc, en gros plan
L’extrémité du labelle, enroulée en spirale. Photo : Gllawm, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Repère Ce qu’on observe Moment
Taille Jusqu’à 1 m, plante robuste À la floraison
Feuilles Vert grisâtre, déjà flétries à la floraison Automne à hiver
Épi Cylindrique, assez dense, fleurs verdâtres bordées de pourpre Mai à juillet
Labelle Jusqu’à 6 cm, enroulé, peu échancré au bout Mai à juillet
Odeur Bouc, perceptible de très près seulement À la floraison
Les repères de terrain de l’orchis bouc, d’après la description de Wikipédia.

Quand fleurit l’orchis bouc ?

La floraison s’étend de mai à juillet. Dans la fiche de la rubrique sur les orchidées sauvages du Vexin-Thelle, le pic de la saison se situe de la mi-mai à la mi-juin pour l’ensemble des espèces.

Comme l’épi est long et que les fleurs s’ouvrent progressivement, on voit souvent des boutons verts en haut et des fleurs fanées en bas. Ce décalage ne signale aucune maladie : la plante fleurit simplement par étages.

Station : pelouses, friches et talus calcaires

Wikipédia cite comme habitat les pelouses, les friches, les prairies maigres, les talus et les forêts clairiérées, toujours sur substrat calcaire. C’est le critère à garder en tête : une orchidée de ce type sur sol acide serait à revérifier.

L’espèce est méditerranéo-atlantique, assez localisée et rare, mais parfois abondante dans ses stations. Autrement dit, on ne la croise pas partout, et quand on la trouve, il y en a souvent plusieurs pieds. On la signale aussi dans le Val-d’Oise, le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme.

Les coteaux et les talus calcaires du plateau sont donc les postes à privilégier. Les fleurs bleues et violettes qui partagent ces milieux ouverts, comme les campanules ou la vipérine, aident à repérer les mêmes pelouses.

Confusions : l’épi vert et la lanière

Parmi les orchidées verdâtres, la listère à feuilles ovales et l’orchis homme-pendu sont citées dans la fiche sur les orchidées sauvages du site. Aucune ne porte le long labelle enroulé de l’orchis bouc, ni son odeur.

La confusion la plus fréquente se produit avant la floraison : une rosette de feuilles vert grisâtre sur une pelouse calcaire peut être celle d’une autre orchidée ou d’une plante banale. Tant que l’épi n’est pas ouvert, on se contente de noter l’emplacement et de revenir en mai, sans arracher ni déterrer.

Pour s’entraîner à nommer les fleurs de ces mêmes milieux, la fiche sur la fleur bleue ou violette donne la même méthode, couleur par couleur.

Quel statut en Picardie ?

Wikipédia indique que l’espèce est classée en préoccupation mineure (LC) en France. L’inventaire de la flore vasculaire de Picardie du Conservatoire botanique national de Bailleul (version 3a, 2005) est plus nuancé pour la région : l’orchis bouc y est indigène, peu commune (présente sur 100 à 205 mailles de 4 km de côté), quasi menacée (NT) et d’intérêt patrimonial.

La même ligne ne porte aucune mention de protection régionale ou nationale, mais l’espèce est inscrite à l’annexe II du règlement européen sur le commerce des espèces menacées, comme les autres orchidées de l’inventaire. Ailleurs, la situation diffère : l’espèce est légalement protégée en Belgique, et figure sur la liste rouge des plantes en Suisse.

Territoire Statut Source
France Préoccupation mineure (LC) Wikipédia
Picardie Peu commune, quasi menacée (NT), intérêt patrimonial CBN de Bailleul, 2005
Belgique Protégée par la loi Wikipédia
Suisse Sur la liste rouge Wikipédia
Statuts de l’orchis bouc selon le territoire. Les cotations picardes datent de l’inventaire de 2005.

La page Le carnet précise comment la rédaction relève et date ses observations.

Questions fréquentes

Comment reconnaître l’orchis bouc ?

À son épi cylindrique de fleurs verdâtres bordées de pourpre et surtout à son labelle en longue lanière enroulée, jusqu’à 6 cm. La plante atteint 1 m, et ses fleurs dégagent une odeur de bouc perceptible de très près.

Quand fleurit l’orchis bouc ?

De mai à juillet. Ses feuilles vert grisâtre apparaissent en automne, passent l’hiver, puis se flétrissent au moment de la floraison.

Où trouve-t-on l’orchis bouc ?

Dans les pelouses, friches, prairies maigres, talus et forêts clairiérées, toujours sur substrat calcaire. Elle est assez localisée et rare, mais parfois abondante dans ses stations.

L’orchis bouc est-il protégé ?

Pas par un texte régional ou national dans l’inventaire picard de 2005, qui le juge peu commun, quasi menacé et d’intérêt patrimonial. Il est protégé légalement en Belgique. Le plus sûr reste de ne ni cueillir ni déterrer.

Pourquoi l’appelle-t-on orchis bouc ?

Le nom vient de l’odeur forte et désagréable des fleurs, proche de celle du bouc, que rappelle l’épithète latine hircinum. Le nom de genre, Himantoglossum, évoque la langue en lanière du labelle.

Au printemps, repérez une rosette grise sur un talus calcaire, puis revenez en mai avec un appareil photo. Cadrez l’épi entier et le labelle de près, notez le lieu et la date, et laissez la plante intacte. Une seule belle photo suffit pour nommer l’espèce.

Source

Wikipédia, Orchis bouc : description, floraison, habitat, répartition et statuts ; Conservatoire botanique national de Bailleul, Inventaire de la flore vasculaire de Picardie, version 3a, 2005 ; Conservatoire botanique national de Bailleul. Photo de couverture : Didier Descouens, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Relevé le 4 novembre 2026.

Solène Mabire

Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet