Sur un vieux mur de pierre, une dentelle de petites feuilles rondes retombe par touffes, parsemée de minuscules fleurs lilas. C’est presque toujours la cymbalaire des murs, la « ruine de Rome » des jardiniers. Elle se reconnaît en trois coups d’œil, et son histoire de colonisatrice explique pourquoi on la voit autant en ville qu’à la campagne.
Comment reconnaître la cymbalaire des murs ?
C’est une plante herbacée vivace qui pousse en touffes. Ses tiges sont glabres, filiformes, généralement pourprées, rampantes ou retombantes. Les jeunes pédoncules et pétioles sont glanduleux.
La feuille, le plus souvent alterne, est longuement pétiolée, lustrée et charnue. Elle est ronde à réniforme, palmatinervée, à 5 lobes ou plus, avec une base lobée et une petite pointe à l’apex. La face inférieure et la marge du limbe sont pourprées.
Les touffes peuvent recouvrir densément leur support sur une dizaine de centimètres d’épaisseur, en se marcottant ou en se ressemant. Un mur ainsi tapissé de feuilles luisantes et de fleurs claires est un bon indice, mais il faut vérifier la fleur.
Son ancien nom, Linaria cymbalaria, est encore très répandu dans les ouvrages. C’est la même plante que la linaire cymbalaire et la linaire des murs.
La fleur de près : lilas, palais jaune, éperon
Les fleurs sont blanc rosé ou rose violacé, d’environ 1 cm de diamètre. Elles sont zygomorphes, solitaires, portées par un long pédoncule qui naît à l’aisselle d’une feuille. La corolle a deux lèvres : la supérieure, bilobée, est marquée de deux ou trois traits verticaux sombres sous chaque lobe, la lèvre inférieure est trilobée.

Le palais, c’est-à-dire la bosse qui ferme la gorge, forme deux renflements blancs maculés de jaune au sommet. La corolle se prolonge vers le bas par un court éperon nectarifère pointu. Ce petit éperon est le meilleur repère pour la différencier d’autres petites fleurs bleutées.
La floraison va de mars-avril à septembre, plus tôt dans la région méditerranéenne. On peut donc la rencontrer en fleur de la fin de l’hiver jusqu’à l’automne, ce qui la rend facile à photographier presque toute la belle saison.
Pourquoi pousse-t-elle sur les murs ?
La cymbalaire est lithophyte, thermophile et calciphile. Elle est fréquente dans les anfractuosités des murs de pierre, à mi-ombre ou à l’ombre, souvent en compagnie de la capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) ou de la rue des murailles (Asplenium ruta-muraria). Wikipédia la décrit comme une plante des villes, où les températures sont plus clémentes.
Sa stratégie de dispersion tient à la fructification. Le fruit est une capsule glabre qui libère des graines noir grisâtre de moins de 0,5 mm, à surface très rugueuse qui les fait adhérer aux surfaces. À maturité, le pédoncule s’incline en direction du support, ce qui permet à la capsule de libérer ses graines dans les interstices du mur. La plante sème donc elle-même ses petits dans la fissure la plus proche.

L’espèce est originaire des Alpes du Sud, de l’Italie centrale et du Sud et du nord-ouest de la péninsule balkanique. Son nom populaire de « ruine de Rome » témoigne de cette origine méditerranéenne. Elle a été introduite dans les autres pays de l’Union européenne et s’y est naturalisée, au point de constituer une végétation banale des vieux murs.
Sur le plan botanique, cette végétation banale des fissures de murs se rattache à l’alliance du Cymbalario muralis – Asplenion rutae-murariae, dans la classe des Parietarietea judaicae. Autrement dit, la cymbalaire annonce un cortège de petites plantes de murailles : fougères comme la capillaire et la rue des murailles, mousses, parfois d’autres saxicoles.
Le mode de reproduction complète le tableau. Wikipédia précise qu’elle est entomogame et autogame : les insectes la visitent, mais le stigmate se trouve au contact des anthères, ce qui permet à la fleur de se féconder seule. Les quatre étamines sont de deux longueurs, deux courtes et deux plus longues. Cette double voie de reproduction, ajoutée au marcottage, explique la vitesse à laquelle une touffe gagne un mur entier.
Pour repérer les murs et talus du plateau, la rubrique fleurs bleues et violettes rassemble les espèces voisines par la couleur.
Confusions : feuilles de lierre, fleurs de linaire
Deux nuances de noms prêtent à confusion. La cymbalaire est surnommée « lierre des murs » ou « lierre fleuri », et ses feuilles lobées rappellent celles du lierre. Ce sont pourtant des plantes sans parenté. Le lierre grimpant est une liane ligneuse, alors que la cymbalaire est une petite herbe fragile.
Un autre faux ami est le lierre terrestre, qui rampe lui aussi mais appartient à la famille des menthes : sa tige est carrée et ses feuilles froissées sentent le baume. La fiche sur la confusion avec le lierre terrestre donne le test en quatre gestes.
| Plante | Port | Fleur | Ce qui tranche |
|---|---|---|---|
| Cymbalaire des murs | Herbe fine, retombante, tiges pourprées | Lilas, 1 cm, palais jaune et blanc | Éperon nectarifère, feuilles alternes lustrées |
| Lierre terrestre | Rampant, tige carrée | Bleu-violet à deux lèvres, groupées par 2 à 4 | Feuilles opposées, odeur balsamique |
| Lierre grimpant | Liane ligneuse sur support | Fleurs en ombelles, baies noires | Plante ligneuse, grimpante, baies toxiques |
Au sein des petites fleurs lilas, les confusions les plus fréquentes avec les véroniques tiennent à la taille et à la couleur. La cymbalaire, elle, se signale par son éperon, que n’ont pas les véroniques. Pour s’exercer sur d’autres teintes proches, voyez la fiche fleur bleue ou violette.
La cymbalaire des murs est-elle toxique ?
La question revient dans les recherches, et il faut y répondre avec prudence. Wikipédia, qui décrit longuement la plante, ne mentionne aucune toxicité. En revanche, aucune source officielle ou vétérinaire n’a été trouvée à ce sujet : les sites grand public se contredisent, certains la disent inoffensive, d’autres déconseillent d’en consommer.
Faute de donnée fiable, la règle reste la même que pour toute plante sauvage : on la regarde, on ne la mange pas, et on n’en fait aucun usage. Si un enfant ou un animal en a avalé une quantité inhabituelle, appelez le centre antipoison ou le 15 en cas de symptômes, et gardez une photo de la plante.
Wikipédia mentionne un usage ancien contre la gale et le scorbut. Cette fiche ne recommande aucun usage médicinal ou culinaire de la plante.
Quel statut en Picardie ?
L’inventaire de la flore vasculaire de Picardie du Conservatoire botanique national de Bailleul (version 3a, 2005) range la cymbalaire des murs parmi les plantes eurynaturalisées, c’est-à-dire non indigènes mais installées à grande échelle après 1500. Sa rareté régionale est « commune », présente sur 419 à 843 mailles de 4 km de côté. Elle n’est pas menacée.
Aucune protection ne figure sur sa ligne de l’inventaire. Dans la flore picarde, elle fait donc partie des plantes banales des murs, que l’on observe sans restriction particulière. Wikipédia la qualifie d’adventice envahissante, ce qui est un point de vue distinct de son statut de rareté.
| Critère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Statut en Picardie | Eurynaturalisée | CBN de Bailleul, 2005 |
| Rareté régionale | Commune (419 à 843 mailles) | CBN de Bailleul, 2005 |
| Menace | Préoccupation mineure | CBN de Bailleul, 2005 |
| Protection | Aucune mentionnée | CBN de Bailleul, 2005 |
La page Le carnet explique comment la rédaction date ses relevés.
Questions fréquentes
Comment reconnaître la cymbalaire des murs ?
À ses feuilles rondes à réniformes, lustrées, à 5 lobes ou plus, portées par de fines tiges pourprées retombantes, et à ses fleurs lilas de 1 cm à palais jaune et blanc et à éperon. On la trouve surtout sur les vieux murs de pierre.
Quand fleurit la cymbalaire des murs ?
De mars-avril à septembre, plus tôt dans la région méditerranéenne. La floraison est donc très longue, ce qui en fait l’une des fleurs murales les plus faciles à observer.
La cymbalaire des murs est-elle toxique ?
Aucune source officielle consultée ne documente de toxicité, et les sites grand public se contredisent. Par prudence, ne la consommez pas, et appelez le centre antipoison si un enfant ou un animal en a ingéré.
La cymbalaire des murs est-elle une plante locale ?
Non. Elle est originaire des Alpes du Sud, d’Italie et des Balkans. Dans l’inventaire picard, elle est eurynaturalisée : introduite par l’homme après 1500, puis installée à grande échelle.
Pourquoi l’appelle-t-on ruine de Rome ?
Ce nom populaire fait référence à son origine méditerranéenne et à sa présence sur les vieux murs. Le nom de genre vient du latin cymbalum, la cymbale, à cause de ses feuilles rondes, et l’épithète muralis signifie « de mur ».
Au prochain vieux mur de pierre à l’ombre, cherchez l’éperon au dos de la fleur et les tiges pourprées. Photographiez la touffe entière, puis une fleur de face. Une fois nommée, laissez la plante en place.
Wikipédia, Cymbalaire des murs : description, écologie et répartition ; Conservatoire botanique national de Bailleul, Inventaire de la flore vasculaire de Picardie, version 3a, 2005 (statut, rareté, menace) ; Conservatoire botanique national de Bailleul. Photo de couverture : Franco Folini, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons. Relevé le 4 novembre 2026.
Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet