Flore du Vexin-Thelle
Solène Mabire Solène MabireBotaniste de terrain

Relevés de terrain dans le Vexin-Thelle, Oise · Chaumont-en-Vexin

Flore du Vexin-Thelle Flore du Vexin-Thelle Les fleurs sauvages du Vexin-Thelle, par couleur
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Fleurs bleues et violettes

Lierre terrestre : éviter la confusion avec ses sosies

Solène Mabire · 3 novembre 2026 8 min de lecture
Le lierre terrestre (Glechoma hederacea) se reconnaît à quatre indices : une tige carrée, des feuilles opposées aux bords crénelés en arrondi, une odeur balsamique de menthe quand on les froisse, et des tiges rampantes qui s’enracinent aux nœuds. Avant floraison, on le confond avec les lamiers, la jeune mauve, la violette, l’alliaire, mais aussi avec la ficaire, toxique, et la véronique de Perse, citée parmi les confusions dangereuses.

Une petite plante rampante aux feuilles arrondies tapisse le pied d’une haie, et l’on se demande si c’est bien du lierre terrestre. Le doute est légitime : la plante porte un nom trompeur, elle fleurit tôt, et une partie de ses sosies sont indigestes ou toxiques. Il existe pourtant un test simple, qui ne demande qu’une feuille et un doigt.

Qu’est-ce que le vrai lierre terrestre ?

Le lierre terrestre, ou glécome, est une plante vivace rampante de la famille des Lamiacées, celle des menthes. Elle mesure de 5 à 40 cm de hauteur et se multiplie par stolons, ce qui la rend vite envahissante en sous-bois, au bord des chemins et le long des haies.

Les feuilles sont opposées par paires, vert foncé, en forme de rein à la base et de cœur plus haut, avec des crénelures arrondies et régulières. Les fleurs, de 10 à 20 mm, vont du rose au bleu-violet et se tachent de pourpre sur la lèvre supérieure. Elles s’ouvrent dès mars-avril et peuvent durer jusqu’à l’automne.

Fleurs bleu-violet et feuilles crénelées opposées de lierre terrestre (Glechoma hederacea)
Lierre terrestre en fleur : feuilles crénelées opposées et corolle bilabiée tachetée de pourpre. Photo : Jasper Shide, CC0.

Son nom vient de sa ressemblance avec le lierre grimpant et de son port au ras du sol. Il n’a pourtant aucun lien de parenté avec lui, et il ne grimpe jamais sur un support.

Faire le test en quatre gestes

Chaque geste écarte un ou plusieurs sosies. Il suffit qu’un seul échoue pour que la plante ne soit pas du lierre terrestre. Le plus fiable reste l’odeur d’une feuille froissée, et plus encore la floraison.

Quatre gestes pour reconnaître le lierre terrestre : froisser, rouler la tige, suivre la tige, regarder la fleur
Le test en quatre gestes, du plus simple au plus sûr.
  1. Froisser une feuille : l’odeur est balsamique, entre menthe, citron et humus.
  2. Rouler la tige entre les doigts : elle est carrée, souvent rougeâtre à la base.
  3. Suivre la tige au sol : elle rampe et s’enracine aux nœuds.
  4. Regarder la fleur de près : corolle à deux lèvres, groupes de deux à quatre fleurs à l’aisselle des feuilles.

Avec quelles plantes le confond-on ?

Certains sosies sont sans danger, d’autres sont toxiques. Avant la floraison, les feuilles seules suffisent à tromper, d’où l’intérêt de ne jamais s’appuyer sur la seule forme.

Les sosies sans danger, mais à ne pas mélanger

La jeune mauve a une feuille plus dentée que crénelée, et sa tige n’est pas carrée. La violette donne, une fois écrasée, une feuille gluante et sans odeur. L’alliaire a une feuille plus claire à crénelure irrégulière, et elle sent l’ail ou le chou.

Les lamiers sont les cousins les plus proches. Le lamier amplexicaule n’a pas de tige traçante et ne s’enracine pas aux nœuds, et le lamier pourpre est lui aussi dépourvu de stolon. La dorine à feuilles alternées se reconnaît à ses lobes bien incisés.

Les sosies à écarter

La ficaire a une feuille un peu ondulée, dont la base dessine souvent un triangle aigu. La véronique de Perse se distingue par sa fleur bleue bien nette. Wikipédia cite ces deux plantes parmi les confusions avec des plantes toxiques. Pour la ficaire, voir l’article sur la ficaire et sa floraison de février à avril.

Les sosies un à un, avec le critère qui tranche

Plante Ce qui ressemble Critère qui tranche
Lamier pourpre Feuilles opposées, tige carrée Plante annuelle, sans stolon
Lamier amplexicaule Port bas, feuilles arrondies Pas de tige traçante, pas d’enracinement aux nœuds
Jeune mauve Feuille arrondie Feuille plus dentée que crénelée, tige non carrée
Violette Feuille en cœur Feuille écrasée gluante, sans odeur
Alliaire Jeune feuille en cœur Odeur d’ail ou de chou, crénelure irrégulière
Ficaire Feuille cordiforme Feuille ondulée, base en triangle aigu, plante toxique
Véronique de Perse Petite plante basse aux feuilles dentées Fleur bleue bien distincte, citée parmi les confusions toxiques
Les confusions relevées pour le lierre terrestre et le critère qui permet de les départager.

Que faire quand la plante n’est pas en fleur ?

C’est le cas le plus risqué : le lierre terrestre fleurit de mars-avril à l’automne, mais une touffe ombragée ou fraîchement tondue n’en porte pas. Il reste alors trois critères, qui valent tous un test à eux seuls.

  • L’odeur de la feuille froissée, présente toute l’année grâce aux glandes à huile essentielle de la face inférieure.
  • La tige carrée et les feuilles opposées par paires.
  • Le stolon qui s’enracine aux nœuds.

Si un seul des trois manque ou paraît douteux, la plante reste non identifiée. On revient en période de floraison, ou l’on photographie la plante pour la comparer, au lieu de la cueillir. Sur les couvre-sols voisins du lierre terrestre, l’article sur les fleurs bleues ou violettes à nommer propose d’autres repères.

Distinguer lierre terrestre et lierre grimpant

Le lierre grimpant (Hedera helix) est une liane ligneuse qui s’accroche aux arbres et aux murs, à feuillage persistant et luisant. Le lierre terrestre est une petite herbe rampante, sans bois, qui ne dépasse pas 40 cm.

La confusion de noms n’est pas anodine. Les fruits du lierre grimpant, des baies noir bleuté de 8 à 10 mm, sont toxiques pour l’homme et les mammifères : deux à trois baies suffisent à provoquer des signes d’empoisonnement. Le lierre terrestre ne porte pas de baies, mais de petits fruits secs cachés dans le calice.

Peut-on le consommer sans risque ?

Le lierre terrestre a un usage culinaire et traditionnel : son parfum remplace la menthe dans une salade, un sirop ou une tisane. Ses feuilles deviennent toutefois amères et astringentes en vieillissant, à cause de leur richesse en tanins, et il est recommandé de ne pas l’ingérer en grande quantité.

La plante peut aussi rendre malades les chats et les chiens qui en mangent beaucoup, et elle est dangereuse pour les tortues terrestres et les reptiles. Des intoxications de bétail et de chevaux ont été signalées en Europe de l’Est. Ces avertissements prévalent sur les usages : une plante qu’on n’a pas identifiée à coup sûr ne se mange pas, et en cas de doute avec la ficaire ou la véronique de Perse, on ne goûte rien.

Ce guide aide à nommer une plante, il ne remplace ni un avis médical ni celui d’un pharmacien en cas d’ingestion douteuse. En cas de malaise après avoir mangé une plante, appelez un centre antipoison.

Photographier pour trancher

Une bonne photo vaut un long échange. Prenez la touffe entière sur son sol, puis une feuille posée à plat, la tige coupée en travers pour voir sa section, et la fleur de profil, de face, avec ses taches pourpres.

Comparez ensuite avec les fiches des plantes voisines du secteur, comme le gaillet gratteron et ses sosies de terrain, ou avec l’article sur les fleurs violettes sauvages toxiques. Une plante qui fleurit bleu-violet n’est pas forcément inoffensive.

Où le trouver, et pourquoi il s’installe partout

Le lierre terrestre aime l’humus et la mi-ombre humide, mais il s’accommode aussi du soleil. On le rencontre en lisière de bois, dans les taillis, le long des haies, des routes et des chemins, près des habitations, car ses tiges traçantes résistent à la tonte.

Cette ténacité explique son statut ambigu. Au jardin, il forme un tapis dense qui gagne du terrain par ses stolons et que beaucoup arrachent. C’est pourtant une plante mellifère, utile aux insectes très tôt dans l’année, puisque sa floraison commence dès mars-avril.

Savoir où il pousse aide à l’identifier : un tapis régulier, au sol frais, en lisière, est plus probablement du glécome qu’un sosie annuel comme le lamier pourpre. Pour situer la plante dans le paysage local, l’article sur les espèces d’une prairie fleurie donne le contexte des milieux ouverts.

Questions fréquentes

Comment reconnaître le lierre terrestre sans fleur ?

Froissez une feuille : l’odeur est balsamique, proche de la menthe. Vérifiez ensuite que la tige est carrée, que les feuilles sont opposées et que la tige rampe en s’enracinant aux nœuds. Si un critère manque, ne concluez pas.

Quelle plante ressemble au lierre terrestre ?

Les lamiers (amplexicaule et pourpre), la jeune mauve, la violette, l’alliaire et la dorine ressemblent à ses feuilles. La ficaire et la véronique de Perse sont à connaître, car Wikipédia les cite parmi les confusions avec des plantes toxiques.

Le lierre terrestre est-il toxique ?

Pas pour l’homme en petite quantité, mais il est conseillé de ne pas en consommer beaucoup. Il peut rendre malades chats, chiens, tortues et chevaux. Les baies toxiques sont celles du lierre grimpant, une autre plante.

Quelle différence entre lierre terrestre et lierre grimpant ?

Le lierre terrestre est une petite herbe rampante, sans bois, à fleurs bleu-violet. Le lierre grimpant est une liane ligneuse qui s’élève sur un support et porte des baies noir bleuté toxiques.

Quand fleurit le lierre terrestre ?

De mars-avril jusqu’à l’automne, ce qui en fait l’une des premières fleurs de l’année pour les insectes. Les fleurs naissent par groupes de deux à quatre à l’aisselle des feuilles.

La prochaine fois que vous croisez une touffe suspecte, faites les quatre gestes dans l’ordre et notez ce qui coince. Rapportez une photo de la fleur et de la tige, puis comparez avec la ligne du tableau qui correspond. Tant qu’un critère reste douteux, laissez la plante où elle est.

Source

Wikipédia, Lierre terrestre : description, usages, précautions et risques de confusion ; Wikipédia, Lierre grimpant, pour la toxicité des baies. Relevé le 3 novembre 2026.

Solène Mabire

Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet