Flore du Vexin-Thelle
Relevés de terrain dans le Vexin-Thelle, Oise · Chaumont-en-Vexin Signaler une erreur de détermination
Flore du Vexin-Thelle Flore du Vexin-Thelle Les fleurs sauvages du Vexin-Thelle, par couleur
Solène Mabire Solène MabireBotaniste de terrain
Fleurs bleues et violettes

Orchidée sauvage : reconnaître les espèces du Vexin-Thelle

Solène Mabire · 28 septembre 2026 5 min de lecture
L’essentiel

Une orchidée sauvage se reconnaît à son labelle, le pétale inférieur élargi, et à ses feuilles à nervures parallèles. Le Vexin-Thelle en compte une vingtaine d’espèces, surtout sur les coteaux calcaires, avec un pic de floraison de la mi-mai à la mi-juin. La plupart sont pourpres ou roses, quelques-unes blanches ou verdâtres. Plusieurs sont protégées en Picardie, et aucune ne supporte la cueillette : on photographie, on ne prélève pas.

La France compte environ 160 espèces d’orchidées sauvages, l’ancienne Picardie un peu plus de quarante, dont plusieurs menacées de disparition. Sur les larris du Vexin-Thelle, ces pelouses sèches posées sur la craie, une promenade de mai en fait croiser cinq ou six en une heure.

Quelles orchidées sauvages voit-on dans le Vexin-Thelle ?

Les espèces citées ici sont les plus fréquentes sur les coteaux et lisières autour de Chaumont-en-Vexin.

Espèce Couleur Floraison Milieu Statut en Picardie
Orchis pourpre Pourpre, labelle blanc piqueté Fin avril – mai Lisières, bois clairs calcaires Commune
Orchis militaire Rose lilas Mai – début juin Larris, pelouses rases Assez rare
Orchis pyramidal Rose vif Juin – juillet Talus, bords de route Assez commune
Ophrys abeille Sépales roses, labelle brun Juin Pelouses, friches calcaires Assez commune
Ophrys araignée Brun, sépales verts Avril – mai Pelouses rases Protégée
Orchis bouc Vert grisâtre et brun Juin – juillet Talus, bords de chemins Assez commune
Listère à feuilles ovales Vert Mai – juin Bois, prairies fraîches Très commune
Céphalanthère de Damas Blanc crème Mai – juin Hêtraies sur craie Assez commune
Spiranthe d’automne Blanc Fin août – septembre Pelouses rases Protégée, rare
Orchidées sauvages observables dans le Vexin-Thelle. Statut : arrêté du 17 août 1989 sur les plantes protégées en Picardie, fréquences régionales indicatives.

Reconnaître une orchidée en trois indices

Le premier indice est le labelle. Sur six pièces florales, une seule se distingue : large, souvent dessinée, tournée vers le bas. C’est elle qui imite une abeille chez les ophrys ou un petit personnage chez l’orchis militaire.

Le deuxième tient aux feuilles : simples, à nervures parallèles, souvent en rosette au pied de la tige, parfois déjà flétries à la floraison.

Le troisième, c’est l’épi. Les fleurs s’étagent le long d’une tige unique, sans ramification.

Orchis pourpre en fleur dans une pelouse, avec son épi pourpre et ses larges feuilles basales
L’orchis pourpre, la plus commune des grandes orchidées des lisières calcaires. Photo : Bouke ten Cate, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
Le piège de la néottie

La néottie nid-d’oiseau, entièrement brune et sans feuille verte, pousse dans les sous-bois sombres. On la prend pour une orobanche. C’est pourtant une orchidée, qui vit de son champignon.

Par couleur : pourpre, blanc ou vert

Pourpre et rose, c’est la majorité. L’orchis pourpre se repère à son casque sombre et à son labelle clair piqueté de points ; l’orchis militaire lui ressemble en plus pâle et plus petit ; l’orchis pyramidal forme un cône rose serré. Pour les confusions avec d’autres fleurs de cette teinte, notre repère sur les fleurs bleues et violettes du Vexin aide à trancher.

Le blanc est plus rare : céphalanthère de Damas en sous-bois, platanthères en lisière, spiranthe en fin d’été. Notre guide des fleurs blanches sauvages les situe parmi leurs voisines.

Le vert et le jaune verdâtre signalent la listère, l’orchis homme-pendu ou l’orchis bouc, reconnaissable à sa longue lanière torsadée et à son odeur de chèvre. Ces teintes pâles se confondent vite avec celles des fleurs jaunes sauvages du secteur.

Quand et où les observer

La saison s’ouvre en avril avec l’ophrys araignée et se referme en septembre avec la spiranthe. Entre les deux, le pic se situe de la mi-mai à la mi-juin, quand les orchis et les ophrys fleurissent ensemble.

Cherchez les pentes exposées au sud, sur sol calcaire, là où l’herbe reste rase. Talus de route, lisières de hêtraies et anciennes carrières sont de bons postes, comme certaines prairies fleuries fauchées tard. Une orchidée surgie dans une pelouse de village a souvent été semée par le vent : retarder la tonte jusqu’à fin juin lui laisse le temps de grainer.

Cueillette interdite : ce que dit la loi

Plusieurs orchidées figurent sur la liste des plantes protégées en Picardie, dont l’ophrys araignée, l’orchis brûlé et la spiranthe d’automne. Pour elles, cueillir, arracher ou transporter est interdit par le code de l’environnement, sous peine de 3 ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende.

Les autres ne sont pas protégées, mais la cueillette les condamne aussi. Couper l’épi empêche la production de graines, et arracher le tubercule tue la plante. La transplanter au jardin échoue presque toujours : sans le champignon du sol qui la nourrit, elle dépérit en 2 ou 3 ans. Il faut souvent plusieurs années entre la germination et la première fleur.

Peut-on cueillir une orchidée sauvage ?

Non. Les espèces protégées en Picardie ne peuvent être ni cueillies ni arrachées, et les autres ne survivent pas au prélèvement. Couper l’épi prive la plante de ses graines. La seule récolte admise est la photo.

Quelle est l’orchidée sauvage la plus répandue ?

Dans le Vexin-Thelle, la listère à feuilles ovales, verte et discrète, et l’orchis pourpre, bien plus visible en lisière de bois calcaire.

À quelle période fleurissent les orchidées sauvages ?

D’avril à septembre selon les espèces, avec un pic de la mi-mai à la mi-juin.

Peut-on replanter une orchidée sauvage au jardin ?

C’est voué à l’échec, et souvent illégal. L’orchidée dépend d’un champignon du sol absent du jardin. Elle fleurit parfois une saison sur ses réserves, puis disparaît.

Que faire si l’on trouve une espèce rare ?

La photographier, noter la date et le lieu, et transmettre l’observation au Conservatoire botanique national de Bailleul. Évitez de publier la localisation précise sur les réseaux sociaux.

Pour votre prochaine sortie, choisissez un coteau calcaire exposé au sud entre la mi-mai et la mi-juin. Emportez le tableau ci-dessus et regardez d’abord le labelle. Et si la fleur vous résiste, photographiez aussi les feuilles et la tige entière.

Solène Mabire

Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet