Un tapis de feuilles trifoliées borde un chemin humide et, dessus, de petites boules rouge vif attirent l’œil. On croit à des fraises des bois sauvages. Mais les boules pointent vers le haut, la chair est blanche et la fleur est jaune : c’est le fraisier d’Inde, ou fraisier des Indes, une plante qui n’est pas d’ici. Elle se reconnaît en trois coups d’œil.
Comment reconnaître le fraisier d’Inde ?
C’est une petite plante herbacée vivace et stolonifère de la famille des Rosacées. Ses feuilles sont divisées en trois folioles obovées, de 1 à 5 cm sur 1 à 3 cm, à bord crénelé, portées par un pétiole de 2 à 5 cm. Wikipédia précise qu’elles ressemblent à celles des fraises des bois, avec une couleur et une pilosité légèrement différentes.
Ce sont les stolons qui font sa force. Chaque plante-mère en émet de 30 à 100 cm de long, et ils donnent naissance à des plantes filles qui s’enracinent à leur tour. Le tapis s’étend ainsi de proche en proche, et il concurrence même le fraisier des bois quand celui-ci est présent.

Une fleur jaune qui garde sa collerette
La fleur règle la question. Elle est solitaire, jaune, portée par un long pédoncule, avec cinq pétales qui ne se touchent pas et ne sont pas ou à peine échancrés. Les fraisiers comestibles ont des pétales blancs.
Un autre caractère se voit à la loupe : l’épicalice, formé de cinq pièces très développées, plus larges que la corolle, avec trois lobes nets pour chaque pièce. La fleur semble posée sur une collerette verte. On compte aussi vingt à trente étamines et de nombreux carpelles libres.
La floraison a lieu de mai à août, avec quelques fleurs visibles jusqu’en décembre, d’après Wikipédia.
Un faux fruit dressé et fade
Le fruit ressemble de loin à celui de la fraise des bois : une baie rouge vif à maturité, de 1 à 2 cm. Mais sa chair est blanche et insipide, parfois sèche, et les baies sont dressées, alors que celles des fraisiers sont retombantes.

Wikipédia indique que ces fausses fraises insipides ne sont pas toxiques, et que la confusion avec le fraisier sauvage n’est donc pas grave. Ce guide ne recommande pourtant aucun usage : une plante mal identifiée ne se mange pas.
Avec quelles plantes la confond-on ?
Trois plantes de talus et de lisières portent des feuilles proches. Le tableau reprend ce que disent les fiches de chacune.
| Plante | Ce qui ressemble | Critère qui tranche |
|---|---|---|
| Fraisier des bois (Fragaria vesca) | Feuilles trifoliées, stolons, fruit rouge | Fleurs blanches ; baies retombantes |
| Potentille faux-fraisier (Potentilla sterilis) | Port de fraisier, 5 à 15 cm, stolons | Pétales blancs échancrés, floraison de février à mai, faux-fruits secs |
| Potentille rampante (Potentilla reptans) | Fleurs jaunes, stolons pouvant atteindre 100 cm | Feuilles à 5 folioles dentées (parfois 7), floraison de juin à octobre |
La règle tient en une phrase : fleur jaune à trois folioles et faux fruit rouge dressé, c’est le fraisier d’Inde. Pour les autres plantes jaunes du printemps, voyez la fiche de la ficaire, fleur jaune de février à avril.
Une espèce introduite d’Asie, pas une plante du cru
Le fraisier d’Inde n’est pas indigène. Wikipédia le dit originaire d’Asie, d’Afghanistan à la Corée et à la Chine du Nord. Il aurait été introduit en Europe dès le XVIIe siècle comme plante décorative, puis s’est naturalisé çà et là.
Son statut a évolué. En 2005, l’inventaire de la flore vasculaire de Picardie du Conservatoire botanique national de Bailleul (version 3a du 26 septembre 2005) le notait comme une plante cultivée en jardin, très rare, avec des statuts secondaires de sténonaturalisée et de subspontanée. Le document sur les plantes exotiques potentiellement envahissantes des Hauts-de-France, publié en 2021, la décrit comme relativement bien répartie dans la région, où elle forme des tapis localement denses.
En Belgique, Wikipédia indique que l’espèce est considérée comme envahissante et que sa plantation est interdite en Région wallonne depuis le 1er janvier 2013.
Cette progression explique pourquoi on la croise de plus en plus souvent. Pour la comparer à d’autres jaunes qui s’étendent, voyez la fiche sur les fleurs jaunes sauvages envahissantes.
Faut-il s’inquiéter de sa progression ?
Le document de 2021 sur les plantes exotiques des Hauts-de-France rappelle que, dans le Nord-Ouest de la France, les plantes naturalisées, subspontanées, adventices et cultivées représentent environ 30 % de la flore sauvage. Il précise que l’impact réel de ces plantes sur la biodiversité reste difficile à évaluer et que leur comportement doit être surveillé de près.
Pour le fraisier d’Inde, le constat est local : des tapis denses, surtout sur des sols humides piétinés, et une concurrence avec le fraisier des bois que relève Wikipédia. Rien n’indique ici une menace pour une espèce rare précise du Vexin-Thelle, et ce guide ne donne aucune consigne d’arrachage. La meilleure contribution reste d’identifier correctement la plante et de dater l’observation.
Où chercher le fraisier d’Inde ?
Dans les Hauts-de-France, le document de 2021 la situe essentiellement dans les zones humides plutôt piétinées, typiquement le long des chemins fréquentés. Tela Botanica la rattache aux friches et lisières vivaces eutrophiles, c’est-à-dire riches en nutriments.
Wikipédia ajoute que, dans son aire d’origine, elle croît en montagne, dans les prairies, le long des allées forestières et au bord des rivières. Dans le Vexin-Thelle, aucune station précise n’est documentée ici : on la cherche d’abord près des jardins, des allées et des chemins humides.
Pour la méthode générale, voyez la page sur la manière de nommer une fleur jaune sauvage.
Cousines et hybrides du genre
Le fraisier d’Inde a un cousin japonais, Duchesnea chrysantha. Selon Wikipédia, leur croisement donne Duchesnea × hara-kurosawae. Des essais de croisement avec de vrais fraisiers (Fragaria vesca, notamment) ont aussi été tentés : peu d’akènes arrivent à maturité.
Ces hybrides concernent surtout les jardins et les laboratoires. Sur le terrain, la combinaison fleur jaune, trois folioles et faux fruit dressé reste le meilleur critère pour reconnaître la plante.
Fraisier d’Inde, fraisier des Indes ou fraisier de Duchesne
Les noms varient selon les ouvrages. Tela Botanica cite fraisier à fleurs jaunes, fraisier de Duchesne et fraisier des Indes comme noms communs. Wikipédia explique que Duchesnea rend hommage à Antoine Nicolas Duchesne, auteur d’un ouvrage sur l’histoire naturelle des fraises.
Le nom latin a aussi changé. L’ancien Duchesnea indica a été rattaché au genre Potentilla, et Tela Botanica retient aujourd’hui Potentilla indica. Les anciennes flores parlent de Fragaria indica, un synonyme. C’est une seule et même plante.
Questions fréquentes
Comment reconnaître un fraisier d’Inde ?
Feuilles à trois folioles crénelées, fleur jaune à cinq pétales posée sur une collerette de bractées, faux fruit rouge dressé à chair blanche et fade. Les vrais fraisiers ont des fleurs blanches et des fruits retombants.
Le fraisier d’Inde est-il toxique ?
Wikipédia indique que ses fausses fraises insipides ne sont pas toxiques. Ce guide ne conseille toutefois aucun usage : la plante ne se mange pas sans identification certaine, et la chair est fade.
Quand fleurit le fraisier d’Inde ?
De mai à août, avec quelques fleurs visibles jusqu’en décembre. Les fruits rouges apparaissent pendant cette longue période, souvent en même temps que les dernières fleurs.
Le fraisier d’Inde est-il une plante indigène ?
Non. Il vient d’Asie et a été introduit en Europe au XVIIe siècle comme plante d’ornement. Il s’est naturalisé localement et peut former des tapis denses.
Duchesnea indica et Potentilla indica sont-ils la même plante ?
Oui. Duchesnea indica est l’ancien nom, remplacé par Potentilla indica, que retient Tela Botanica. Fraisier d’Inde, fraisier des Indes et fraisier de Duchesne désignent la même plante.
Face à un tapis de feuilles trifoliées, regardez la couleur de la fleur avant de regarder le fruit. Photographiez la fleur de face avec sa collerette, puis le faux fruit de profil pour vérifier qu’il est dressé. Notez le lieu et la date dans le carnet, car la progression de l’espèce se suit sur le terrain.
Tela Botanica, Potentilla indica : noms, synonymes et écologie ; Wikipédia, Potentilla indica, Fragaria vesca, Potentilla sterilis et Potentilla reptans ; Conservatoire botanique national de Bailleul, Inventaire de la flore vasculaire de Picardie, version 3a du 26 septembre 2005 ; « Quelques plantes exotiques potentiellement envahissantes des Hauts-de-France », 2021. Relevé le 4 novembre 2026.
Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet