Crachat du diable : ce Nostoc apparu après la pluie
On la remarque toujours dans les mêmes circonstances : un matin après une nuit de pluie, sur un chemin gravillonné ou une pelouse tassée, là où la veille il n’y avait rien.
Ni algue, ni champignon, ni lichen
Le Nostoc est une cyanobactérie : un organisme unicellulaire capable de photosynthèse, qui vit ici en colonies enrobées de gelée. Au microscope, on voit des filaments de cellules en chapelet, noyés dans une gangue mucilagineuse.
La confusion avec un lichen est fréquente, et elle a une raison : certains lichens contiennent précisément un Nostoc comme partenaire photosynthétique. Mais le crachat du diable vit seul, sans champignon associé : ce n’est pas un lichen, c’est l’un de leurs ingrédients possibles à l’état libre. Les organismes qui leur ressemblent le plus sont décrits dans notre page sur les mousses et hépatiques.
Autre particularité : il fixe l’azote de l’air, comme le font les bactéries des nodosités de légumineuses. C’est ce qui lui permet de s’installer sur des sols nus et pauvres, où presque rien d’autre ne pousse. Sur les murs et les rochers du secteur, ce sont les autres organismes du carnet qui posent des questions voisines de détermination.

Comment le reconnaître sur le terrain ?
- Aspect humide : masse gonflée, gélatineuse, vert olive à vert noirâtre, de quelques centimètres à plusieurs décimètres, plaquée au sol.
- Aspect sec : croûte noire, cassante, fine comme du papier brûlé, souvent prise pour une salissure.
- Toucher : glissant et ferme à la fois, sans filaments ni odeur particulière.
- Milieu : sol tassé, allée gravillonnée, pelouse rase, bord de parking, toiture plate — toujours un substrat minéral et pauvre.
Le test le plus parlant se fait sur une croûte noire sèche : quelques gouttes d’eau suffisent à la voir gonfler et reverdir en quelques minutes. C’est ce phénomène, la reviviscence, qui a nourri les légendes.
Pourquoi il apparaît « du jour au lendemain »
Il n’apparaît pas : il était déjà là, réduit à une pellicule sèche presque invisible. La colonie peut rester des mois en vie ralentie, puis réabsorber l’eau et retrouver son volume et sa couleur en une heure.
Les noms populaires viennent de cette apparition brutale : crachat du diable, crachat de lune, étoile tombée. On lui attribuait autrefois une origine céleste, faute d’explication.
Faut-il s’en débarrasser ?
| Situation | Ce que cela indique | Ce qui fonctionne |
|---|---|---|
| Allée ou terrasse glissante | Sol compacté, eau stagnante | Ratisser à sec, décompacter, améliorer l’écoulement |
| Pelouse rase envahie | Sol tassé et pauvre, gazon clairsemé | Aérer, semer plus dense, éviter la tonte trop rase |
| Bord de parking, terre-plein | Milieu minéral normal pour l’espèce | Rien à faire, ce n’est pas un problème |
| Toiture plate ou bac à gravier | Humidité persistante | Laisser, sauf gêne d’écoulement |
Les traitements chimiques sont inutiles et déplacés : l’organisme revient dès que les conditions se représentent. Sur une allée glissante, un ratissage à sec par temps chaud est la méthode la plus efficace. Sur ces sols nus, une plante exotique occupe souvent le même terrain : l’épilobe à fruits courts.
Que faut-il noter ?
- L’état au moment de l’observation : gonflé ou en croûte sèche.
- Le substrat précis : gravier, terre nue, dalle, gazon.
- La surface couverte, même approximative.
- Les conditions météo des jours précédents, qui expliquent presque toujours l’apparition.
- Une photo avec un objet de taille connue : sans repère, une colonie est impossible à dimensionner.
Questions fréquentes
Est-ce dangereux pour les animaux ou les enfants ?
Les Nostoc terrestres ne sont pas considérés comme toxiques, mais certaines cyanobactéries produisent des toxines. Le bon réflexe reste de ne pas y toucher ni laisser un chien en consommer, et de se laver les mains après manipulation.
Est-ce un signe de pollution ?
Non. C’est un signe de sol tassé et pauvre, avec de l’eau qui stagne en surface. On en trouve en pleine nature comme en ville.
Est-ce un lichen ?
Non, mais la confusion est compréhensible : le même genre de cyanobactérie sert de partenaire à certains lichens. Ici, il vit seul, sans champignon associé.
Pourquoi revient-il toujours au même endroit ?
Parce que la colonie ne disparaît pas : elle se dessèche sur place et reverdit à la pluie suivante. Tant que le sol reste compacté et humide en surface, elle reste.
La nomenclature et les répartitions à jour sont consultables sur l’Inventaire national du patrimoine naturel.