Galle du buis : reconnaître l’acarien Aceria unguiculata
C’est l’une des galles les plus simples à nommer du secteur : un seul hôte, une seule forme, et une déformation qui ne ressemble à rien d’autre. Encore faut-il regarder le bout des rameaux plutôt que les feuilles elles-mêmes.
À quoi la reconnaît-on ?
Le buis sain porte des feuilles lisses, coriaces, régulièrement opposées le long du rameau. Quand Aceria unguiculata s’installe dans un bourgeon terminal, la croissance de l’axe s’arrête et les feuilles qui devaient s’étaler restent groupées les unes sur les autres.
Trois détails signent la galle :
- les feuilles du bouquet terminal sont plus courtes et plus larges que les autres, souvent de moitié ;
- leur surface est boursouflée, gaufrée, jamais plane ;
- l’ensemble forme une rosette serrée, parfois décrite comme un petit chou, au bout du rameau.
La teinte varie du vert pâle au brun clair selon la saison. En fin d’été, les bouquets les plus anciens sèchent et brunissent sans tomber.

Qui en est responsable ?
Aceria unguiculata est un acarien ériophyide : une bête allongée d’un cinquième de millimètre, invisible à l’œil nu et même à la loupe de terrain. On ne l’observe pas, on lit son travail.
Le principe vaut pour toutes les galles : l’acarien pique un tissu jeune et y injecte des substances qui détournent la croissance. C’est la plante qui construit la galle, avec ses propres cellules, et l’acarien qui s’y loge et s’y nourrit. Une même espèce produit toujours la même forme au même endroit du même hôte, ce qui permet de nommer l’auteur sans jamais le voir.
Les colonies passent l’hiver à l’abri des écailles de bourgeon et repartent au débourrement, ce qui explique que les mêmes pieds soient atteints d’une année sur l’autre. La méthode vaut pour les autres espèces du secteur, réunies dans notre page sur les galles du Vexin-Thelle.
Où la chercher dans le Vexin-Thelle
Le buis est spontané sur les pentes calcaires du secteur, où il forme des fourrés sous les bois clairs. Le boisement de la butte de Chaumont en offre un bon exemple : la galle y a été relevée en octobre, sur une partie seulement des pieds.
Deux conseils de terrain. Regardez les rameaux à hauteur d’œil, en lisière : les sujets de plein soleil sont plus souvent atteints que ceux du cœur du fourré. Et vérifiez plusieurs pieds avant de conclure à l’absence, car la répartition est très inégale d’un buisson à l’autre.
Les buis plantés des jardins et des cimetières hébergent le même acarien. C’est souvent là qu’on le rencontre en premier, la haie taillée produisant beaucoup de jeunes pousses. Le principe d’observation est le même pour les galles du chêne, bien plus nombreuses sur une seule feuille.
Ne pas confondre
| Ce qu’on voit sur le buis | Cause probable | Comment trancher |
|---|---|---|
| Bouquet terminal compact, feuilles gaufrées | Galle d’Aceria unguiculata | La déformation est en bout de rameau, les feuilles restent vertes |
| Feuilles boursouflées en cloques, face inférieure blanche | Psylle du buis (Psylla buxi) | Présence de sécrétions cireuses blanches et de petits insectes mobiles |
| Taches brunes, défoliation, rameaux noircis | Cylindrocladium (maladie du dépérissement) | Le feuillage tombe, ce qu’une galle ne provoque jamais |
| Feuilles dévorées, fils soyeux, chenille verte à tête noire | Pyrale du buis | Dégâts de morsure visibles, présence de déjections |
La confusion la plus fréquente est celle avec le psylle, qui produit aussi un bouquet de feuilles déformées. La différence se voit à l’œil : le psylle laisse une cire blanche cotonneuse et des insectes qui sautent quand on secoue le rameau, l’acarien ne laisse rien de visible. Sur un autre arbuste de lisière, la galle de la viorne lantane pose une question voisine.
Que faut-il noter ?
- La plante hôte confirmée : Buxus sempervirens, feuilles opposées, coriaces, à odeur caractéristique quand on les froisse.
- L’organe touché : ici le bourgeon terminal, jamais la feuille isolée au milieu du rameau.
- La date et l’aspect du bouquet, vert en saison, brun sec en hiver.
- La commune et le milieu : pente calcaire, lisière, haie taillée ou fourré.
- Une photo rapprochée du bout de rameau, de profil : c’est là que la compaction se lit le mieux.
Questions fréquentes
Faut-il traiter un buis porteur de ces galles ?
Non. La déformation reste localisée aux bouquets terminaux et n’affecte ni la vigueur ni la longévité de l’arbuste. Sur un sujet ornemental jeune, on peut couper les rameaux atteints pour l’esthétique, sans autre effet.
L’acarien est-il visible à la loupe ?
Pas avec une loupe de terrain. Aceria unguiculata mesure environ 0,2 mm et vit entre les écailles du bourgeon. L’identification passe par la forme de la galle et par l’hôte, pas par l’observation de l’animal.
À quelle saison la chercher ?
Toute l’année. Les bouquets se forment au printemps mais persistent des mois : on les repère encore en automne et en hiver, sous une teinte brune.
La galle du buis est-elle fréquente ?
Elle est régulière partout où le buis est abondant, donc commune sur les larris calcaires et dans les haies de jardin. Sa répartition dépend d’abord de celle de son hôte.
Peut-elle passer sur une autre plante ?
Non. Comme la plupart des ériophyides, cet acarien est strictement lié à son hôte : on ne le trouve que sur le buis.
Une galle bien notée vaut une espèce de plus au carnet, sans prélèvement ni matériel. La nomenclature et les répartitions à jour sont consultables sur l’Inventaire national du patrimoine naturel.