Pulicaire dysentérique : la reconnaître à coup sûr
Fin juillet, le long d’un fossé du Vexin, il ne reste plus grand-chose en fleur. Une touffe jaune d’un mètre, aux capitules ébouriffés, occupe alors le terrain presque seule : c’est elle.
Regardez d’abord où elle pousse
La pulicaire ne s’installe pas n’importe où. Fossés, bords de mares, prairies inondables, ornières de chemins forestiers, pieds de talus suintants : elle marque les sols qui gardent l’eau, même quand la surface paraît sèche en août.
Ce seul critère élimine déjà la moitié des jaunes du secteur. Le séneçon jacobée et l’épervière occupent les talus secs et les larris calcaires ; la pulicaire, jamais.
Dans le Vexin et le pays de Thelle, on la trouve surtout dans les fonds de vallée et le long des chemins creux argileux, en colonies qui s’étendent par rhizomes. Une touffe isolée est rare : elle vient rarement seule. Les autres jaunes du secteur se trient sur d’autres critères, détaillés dans notre relevé sur le pissenlit et ses sosies.

La feuille embrasse la tige
C’est le critère qui tranche pour de bon. Les feuilles de la pulicaire sont molles, gaufrées, un peu ondulées sur les bords, et surtout leur base se prolonge en deux oreillettes qui entourent la tige.
Prenez une feuille du milieu de tige et regardez son attache : chez la pulicaire, il n’y a pas de pétiole, la feuille est directement soudée et déborde de part et d’autre. Chez l’inule conyze, sa voisine la plus proche, la feuille se rétrécit au contraire en un court pied.
Le revers est couvert d’un feutrage gris pâle, doux au toucher. À la loupe on distingue des poils courts et enchevêtrés, qui donnent à toute la plante son aspect terne comparé au jaune franc du séneçon.
Froissez une feuille
Le geste prend deux secondes et vaut toutes les clés. Froissée entre les doigts, la pulicaire dégage une odeur forte, camphrée, un peu médicinale, qui reste sur la peau.
C’est de là que vient son nom : Pulicaria, de pulex, la puce. On la brûlait autrefois pour éloigner les insectes, et le second terme de son nom latin, dysenterica, rappelle un usage médicinal ancien qui n’a plus cours aujourd’hui.
Aucune des espèces avec lesquelles on la confond n’a cette odeur. Le séneçon sent l’herbe coupée, l’inule ne sent rien de net.

Pulicaire ou inule : comment trancher
| Espèce | Milieu | Ce qui la distingue |
|---|---|---|
| Inule conyze | Lisières sèches, talus | Capitules étroits, presque sans languettes visibles |
| Séneçon jacobée | Prairies et talus secs | Feuilles découpées en lyre, languettes bien écartées |
| Aunée des montagnes | Pelouses calcaires | Capitule bien plus large, languettes très fines |
| Solidage verge d’or | Lisières, friches | Fleurs en longue grappe, pas en capitules isolés |
La confusion la plus tenace reste l’inule conyze, parce que les deux appartiennent au même groupe et poussent parfois à quelques mètres l’une de l’autre en bordure de bois humide. La feuille embrassante tranche à tous les coups.
Que noter sur le carnet ?
- Taille : 40 cm à 1 m, en touffes étalées par rhizomes traçants.
- Capitules : 2 à 3 cm, jaune un peu terne, languettes fines et nombreuses, souvent ébouriffées.
- Floraison : juillet à septembre, pleine en août, ce qui la rend facile à isoler.
- Famille : astéracées, comme le pissenlit et la marguerite.
- Statut : commune dans le secteur, sans protection particulière, mais liée aux zones humides qui régressent.
Le même raisonnement — milieu, feuille, odeur — sert pour la plupart des astéracées jaunes de nos chemins, comme le montre le tri général des fleurs jaunes sauvages du Vexin-Thelle.
Vous nous demandez souvent
Comment être sûr qu’il s’agit d’une pulicaire ?
Sol humide, feuilles embrassant la tige par deux oreillettes, et odeur camphrée au froissement. Ces trois points réunis ne laissent aucune autre espèce du secteur.
Quand la chercher ?
De juillet à septembre, avec un pic en août. C’est l’un des rares jaunes encore en pleine floraison à cette période, ce qui facilite beaucoup le repérage.
Est-elle toxique ?
Elle n’est pas réputée dangereuse, mais son ancien usage médicinal n’a plus cours et ce carnet ne donne aucun usage alimentaire ni thérapeutique. On l’observe, on ne la consomme pas.
Pourquoi ce nom de dysentérique ?
Il vient d’un usage ancien en médecine populaire contre les troubles intestinaux, abandonné depuis longtemps. Le nom de genre, lui, renvoie aux puces que la plante brûlée était censée éloigner.
Est-elle protégée dans l’Oise ?
Non, elle reste commune. Sa présence signale en revanche une zone humide, milieu en forte régression : c’est à ce titre qu’elle mérite d’être notée dans un relevé.
Trois gestes, dans l’ordre : regarder le sol, remonter à l’attache de la feuille, froisser. Sur une astéracée jaune de fin d’été, ça suffit presque toujours. Les répartitions communales sont consultables sur l’Inventaire national du patrimoine naturel.
Botaniste de terrain dans le Vexin-Thelle. Elle relève, photographie et détermine les espèces du plateau, des larris calcaires aux fonds humides. Qui tient ce carnet